L’EXPERTISE COLLECTIVE – Mises à jour 2016 de l’ASCO (American Society of Clinical Oncology) sur le cancer du rein

Par Deb Maskens, vice-présidente de l’International Kidney Cancer Coalition (ikcc.org)

La rencontre annuelle de l’ASCO intitulée « L’expertise collective : l’avenir des soins et de la recherche centrés sur le patient » s’est tenue à Chicago des 3 au 7 juin derniers. Cet événement a rassemblé plus de 30 000 participants venus du monde entier, y compris un grand nombre de chercheurs et d’experts en oncologie ainsi qu’une poignée d’environ 400 très dynamiques représentants de groupes de défense des patients. Tous se sont penchés sur différents aspects des traitements, de la survivance et des politiques de santé en matière de cancérologie.

À titre de représentante de l’IKCC, j’ai eu le privilège d’assister à plusieurs présentations, entre autres sur la durabilité des systèmes de santé, l’accès compassionnel, les soins de survivance et, bien entendu, les plus récentes avancées médicales dans le domaine du cancer du rein. Ce qui suit est un résumé personnel des faits saillants de la conférence, rédigé du point de vue d’une personne qui vit avec un cancer du rein métastatique et s’implique à fond dans la défense des droits des patients.

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Mises à jour sur le cancer du rein

Les résultats fort attendus de deux importants protocoles de recherche ont été présentés lors d’une séance conjointe qui s’est tenue le dimanche 5 juin.

1. Cabozantinib

Dr Tony Choueiri a présenté les toutes récentes données de l’essai clinique METEOR sur la survie globale (SG). Lors d’une précédente conférence, dans le cadre de ce même essai, on avait fait état de la supériorité du cabozantinib sur l’évérolimus en matière de survie sans progression (SSP, ou la période durant laquelle le cancer ne s’aggrave pas). La présentation de cette année a fait état d’une supériorité statistiquement significative d’environ 5 mois du cabozantinib sur l’évérolimus en matière de survie globale. Notez que, dans le cadre de CheckMate 025, un essai clinique différent comparant le nivolumab à l’évérolimus, le nivolumab a démontré la même supériorité en ce qui concerne la survie globale que le cabozantinib; les deux essais ne sont toutefois pas directement comparables. Si vous souhaitez lire un résumé détaillé (en anglais), cliquez sur ce lien.

OS

Qu’est-ce que cela signifie pour les patients?
Il semble que le cabozantinib constituera une option supplémentaire pour les patients dont le cancer du rein a progressé lors d’un traitement de première intention avec un ITK du VEGFr, par exemple, le sunitinib ou le pazopanib. Toutefois, l’accès au cabozantinib est sujet à son homologation par les différentes autorités gouvernementales et à son remboursement par les régimes d’assurances publics ou privés. Aujourd’hui, le cabozantinib est homologué par la FDA aux États-Unis sous le nom de marque Cabometyx.

Au Canada, en ce moment, il n’y a pas de programme d’accès précoce au cabozantinib. Le fabricant, Exelixis, basé à San Francisco, n’a pas encore fait de demande d’homologation à Santé Canada. (Soulignons que dans ce cas-ci, le délai d’accès à ce traitement est attribuable au fabricant et non à la lenteur des processus d’approbation des différents paliers de gouvernement.) Les patients qui souhaiteraient bénéficier de ce traitement devraient en discuter avec leur médecin traitant et envisager de participer à un essai clinique qui inclurait le cabozantinib. Assurez-vous d’être inscrit auprès de Cancer du rein Canada, afin d’être mis au courant de la création de tout programme d’accès.

2. Nivolumab

Dr David McDermott a présenté des données sur la survie à long terme, extraites de phases antérieures d’un essai clinique sur le nivolumab. (La phase 1 comportait 34 patients et la phase 2, 167.) Il a souligné qu’environ 30% des patients étaient toujours vivants après 4 ans. Parmi ceux-ci, un pourcentage significatif d’entre eux n’avaient pas répondu au traitement par nivolumab, leur maladie étant demeurée stable ou ayant progressé. Une liste des toxicités rapportées sur une période de 50 mois a permis de constater que la vaste majorité des toxicités ont été observées pendant les 6 premiers mois du traitement, tandis que presqu’aucune n’a été relevée au-delà d’un an. Si vous souhaitez lire un résumé détaillé (en anglais), cliquez sur ce lien.

nivolumab

Qu’est-ce que cela signifie pour les patients?
Plusieurs questions demeurent en suspens sur le mode de fonctionnement de l’immuno-oncologie (par exemple, le nivolumab) ainsi que, en l’absence de biomarqueurs, sur la façon d’identifier les patients qui en tireront des bénéfices. On note aussi que les critères traditionnels servant à établir la progression (par exemple, la réduction tumorale) ne semblent plus prédictifs de la survie à long terme des patients. Une réponse complète, autrement dit un statut d’ASM (aucun signe de la maladie) ne constitue peut-être pas un but réaliste, dans la mesure où on a pu observer des cas de réponse durable, sans que les signes de la maladie aient été complètement éliminés. Évidemment, plusieurs questions demeurent sur ces données, auxquelles les résultats du nombre accru de patients qui ont participé à la phase 3 de l’essai clinique apporteront une réponse.

Les questions que se posent les chercheurs sur le nivolumab :

  1. Utilise-t-on la bonne posologie (dose et rythme d’administration)?
  2. Le traitement pourrait-il être arrêté après un nombre X de mois?
  3. De quelle manière pourrait-on présélectionner les patients les plus susceptibles de tirer des bénéfices de ce traitement et conseiller ceux qui n’ont que peu de chance d’y répondre?

Actuellement, le nivolumab est disponible au Canada par l’intermédiaire d’un programme d’accès de la compagnie Bristol Myers Squibb. Pour de plus amples informations, veuillez communiquer avec Cancer du rein Canada.

Essais cliniques en cancer du rein

Plus que jamais, les essais cliniques constituent un moyen privilégié pour les patients atteints d’un cancer du rein d’avoir accès à des thérapies novatrices et de contribuer à la découverte de nouveaux traitements. Des essais cliniques se tiennent dans de nombreux pays, à divers stades de la maladie, du moment du diagnostic (stades précoces) à celui de la maladie avancée (phase métastatique). Plusieurs de ces essais sont spécifiques au cancer du rein, tandis que d’autres recrutent des patients de différents types de cancer qui présentent des tumeurs solides (ce qui est le cas du cancer du rein). On conseille aux patients de DEMANDER, encore et encore, s’ils se qualifient pour participer à un ou plusieurs essais cliniques qui leur offriraient des options supplémentaires.

Notre site Web, www.10forIO.info, contient des tonnes d’informations sur les essais cliniques pour les patients atteints d’un cancer du rein. Elles sont mises à jour régulièrement sur nos comptes Facebook et Twitter (@IOkidney). Suivez-nous et placez-nous dans vos favoris en tant que source de renseignements sur le cancer du rein.

Des essais cliniques se tiennent dans plusieurs provinces canadiennes. Visitez le site Web de Cancer du rein Canada ou appelez au 1 (866) 598-7166 pour obtenir des renseignements sur des essais spécifiques qui se tiennent dans votre province ou dans une province avoisinante, le cas échéant.

Quoi d’autre que les essais cliniques?

L’arrivée de plusieurs nouveaux traitements soulève de nombreuses questions quant à la manière dont les résultats des recherches se traduiront en bénéfices réels pour les patients dans la pratique clinique. La quantité de séquences possibles dans l’administration des différents traitements est en croissance exponentielle et les plus grands experts en cancer du rein n’en sont pas encore arrivés à un consensus. (Du point de vue du patient, bien sûr, la séquence idéale ne comporte qu’UN seul traitement qui agit de manière efficace et durable!) Les chercheurs, tout comme les groupes de défense des droits des patients, s’entendent pour réclamer la collecte de données probantes tirées du monde réel, au moyen de registres qui consignent le suivi des patients à long terme. Nous croyons que les patients devraient se renseigner afin de vérifier que leurs données sont bien recueillies dans un registre qui permet de les partager au bénéfice de tous.

Au Canada, un grand nombre de patients ont donné leur consentement à ce que leurs données (anonymisées) soient enregistrées dans le Système d’information canadien sur le cancer du rein, mieux connu sous l’acronyme anglais « cKCis ». Demandez à votre médecin traitant si votre centre d’oncologie fait partie de ce Système d’information et s’il est possible d’y ajouter vos données.

De plus amples informations sur le site Web de l’ASCO

De nombreuses autres mises à jour sur le cancer du rein ont été présentées et peuvent être consultées (en anglais) sur le lien suivant : http://am.asco.org/abstracts. Les sujets vont des métastases cérébrales à la chirurgie stéréotaxique (une forme de radiothérapie) et les résultats de plusieurs essais cliniques sur de nouvelles molécules telles que l’avelumab, l’atezolizumab, et le pembrolizumab, en monothérapie ou en combinaison, ont aussi fait l’objet de présentations. Je vous invite à lire un excellent éditorial (en anglais) des Drs Rana McKay et Tony Choueiri sur les nouvelles combinaisons de traitement.

Quelques réflexions en guise de conclusion

Des séances ayant pour sujet l’accès compassionnel et les toxicités financières n’ont eu de cesse de nous rappeler que les avancées de la recherche ne se traduiront pas en bénéfices pour les patients, à moins qu’elles ne soient abordables et qu’elles offrent une VALEUR ajoutée (un mot qui a été entendu des milliers de fois lors de cette édition de l’ASCO). Mais, bien que des organismes tels que l’ASCO, l’ESMO et plusieurs autres aient mis en place des « cadres de valeurs » qui tentent de quantifier la valeur ajoutée de l’innovation pour nos systèmes de santé, il ne faut jamais perdre de vue que les patients, leurs aidants et leurs familles ont leurs propres valeurs sociales qui doivent y être intégrées.

Car, en fin de compte, c’est au bénéfice des patients et dans le but de trouver un remède au cancer qu’on fait toutes ces recherches. Dans son allocution à l’ASCO, le message du vice-président américain, Joe Biden, a été qu’il nous faut travailler ENSEMBLE comme jamais, collaborer de manière novatrice – tous cancers et toutes frontières confondus – afin de vaincre les obstacles au progrès.

Dans ces nouvelles alliances, les patients devront être des partenaires égaux. C’est ce qu’évoque le slogan souvent utilisé par les groupes de défense des droits des patients: « Pas POUR nous, mais AVEC nous! »

Nous attendons avec hâte vos commentaires sur ce résumé.

 

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