Mises à jour sur le cancer du rein – American Society of Clinical Oncology (ASCO) 2015

Chicago, 28 mai-2 juin 2015

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Deb Maskens, présidente sortante et co-fondatrice et Heather Chappell, directrice générale

Vous avez peut-être entendu parler de cette grande rencontre sur la recherche qui a récemment réuni à Chicago un grand nombre d’experts en oncologie. En effet, l’ASCO a tenu sa rencontre annuelle à Chicago, du 28 mai au 2 juin. Cet événement a rassemblé plus de 35 000 chercheurs, médecins, infirmières, professionnels de la santé et défenseurs des droits des patients du monde entier. C’est toute une expérience de participer à cette gigantesque rencontre qui envahit littéralement la ville!

Cancer du rein Canada tient à remercier la Conquer Cancer Foundation de l’ASCO qui a commandité la participation de Heather Chappell, notre directrice générale et de Deb Maskens, présidente sortante et co-fondatrice. Le Canada s’est placé en deuxième position des pays autres que les États-Unis en présentant pas moins de 272 résumés oraux et par affiches! C’était aussi merveilleux de voir tant de chercheurs et de cliniciens canadiens dans l’assistance.

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Dr Georg Bjarnason devant son excellente affiche de présentation à l’ASCO 2015

Voici donc un résumé non scientifique et profane des présentations qui nous ont semblé en mesure d’intéresser la communauté canadienne du cancer du rein. Comme à l’habitude, si vous avez des questions sur ces mises à jour et de quelle manière elles pourraient avoir une incidence sur vos traitements, veuillez en discuter avec votre médecin traitant.

TRAITEMENTS

IMMUNO-ONCOLOGIE

L’immuno-oncologie a été le sujet de prédilection pour plusieurs formes de cancer, y compris celui du rein. Compte tenu qu’aucun médicament de type immuno-oncologique n’est présentement approuvé pour le cancer du rein par Santé Canada, les patients peuvent avoir accès à cette forme de traitement en participant à un essai clinique. Les premiers résultats des études en cours devraient être ceux sur le nivolumab (PD-1) et pourraient être publiés d’ici la fin de l’année. Voici quelques paroles de sagesse exprimées par plusieurs des experts en oncologie que nous avons rencontrés :

  • Ces essais cliniques ne conviennent pas à tous les patients et ces derniers sont invités à se renseigner à fond sur le sujet. Certaines toxicités peuvent se manifester à long terme (permanentes) et les infirmières expertes en immuno-oncologie en sont encore à faire l’apprentissage de la gestion des effets secondaires de ces traitements, lesquels sont très différents de ceux des thérapies ciblées. Bien que l’immuno-oncologie ait fait l’objet d’une couverture médiatique importante, nous ignorons toujours quels patients répondront à ces traitements.
  • Les premiers résultats semblent indiquer que les cancers plus agressifs (de stade 4 ou à composante sarcomatoïde) répondraient mieux au traitement. Il se pourrait aussi que les tumeurs les plus « difficiles » réagissent plus favorablement compte tenu de leurs multiples mutations génétiques.
  • Dans la mesure du possible et lorsque la tumeur est accessible, les patients qui participent à des essais cliniques devraient consentir à une biopsie. Ainsi, en tant que patient, si vous vous avérez être un répondant ou non, vous en connaîtrez les raisons. Par ailleurs, les résultats de la biopsie pourraient devenir un outil indicateur précieux dans vos choix de traitements ultérieurs.
  • Les biomarqueurs pour les traitements d’immuno-oncologie font l’objet de plusieurs recherches mais, à ce jour, on n’en connaît aucun qui permette de prédire la réponse d’un patient donné.

Nous vous invitons à contacter Cancer du rein Canada afin d’obtenir des renseignements sur les essais cliniques en cours au Canada pour le cancer du rein métastatique, y compris ceux en immuno-oncologie. La liste des protocoles de recherche change rapidement et plusieurs essais cliniques sont à la veille d’entrer en phase de recrutement dans la plupart des grands centres au Canada.

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(en haut, à gauche) Deb Maskens, Dr Danny Heng, Heather Chappell – (en haut, à droite) Dr Naveen Basappa, Heather Chappell, Dr Anil Kapoor – (en bas, à gauche) Dr Neil Reaume, Heather Chappell – (en bas, à droite) Dr Christian Kollmannsberger, Heather Chappell

LES THÉRAPIES CIBLÉES

Une belle surprise! Un nouveau médicament, le lenvatinib, a obtenu d’excellents résultats lorsqu’administré en combinaison avec l’Afinitor en deuxième intention de traitement. Cet essai clinique a été mené dans 37 centres de 5 pays, avec des patients qui avaient reçu au préalable une thérapie ciblée anti-VEGF (par exemple le Sunitinib ou le Votrient). La médiane avant progression a été de 14,6 mois, ce qui donne à penser que des essais futurs auraient avantage à être effectués.

Avec la publication des résultats des essais cliniques sur le cabozantinib et le nivolumab plus tard cette année, plusieurs chercheurs ont aussi souligné la possibilité de changements importants à venir au regard des traitements de deuxième intention. Nous les attendons avec impatience.

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Résultat impressionnant du taux de survie globale avec nivolumab pour le cancer du rein à cellules claires.

CANCER DU REIN NON A CELLULES CLAIRES / PAPILLAIRE

On peut utiliser le terme « diagnostic-parapluie » pour les cancers du rein non à cellules claires, car ils sont nombreux et plusieurs ne sont pas encore classifiés. L’étude ASPEN pour le cancer du rein métastatique non à cellules claires regroupait 108 patients de 3 pays, dont l’histologie était de type papillaire, chromophobe, ou non classifiée. Le sunitinib (Sutent) a donné de meilleurs résultats que l’évérolimus (Afinitor), mais aucun des deux traitements ne s’est avéré particulièrement efficace dans ce groupe hétérogène de patients. Un profilage génétique, provenant d’études connexes, suggère que les mutations des gènes TSC1 et TSC2 seraient prédictifs d’une réponse à l’évérolimus (Afinitor). D’autres études sont en cours (y compris au Canada) sur les inhibiteurs de la c-MET, dont une sur la combinaison Avastin/Tarceva pour le cancer du rein papillaire exclusivement.

En conclusion, les patients atteints d’un cancer du rein métastatique à cellules non claires devraient être dirigés vers des centres d’excellence et participer à des essais cliniques autant que possible.

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Dre Jennifer Knox (au centre) partage les résultats de ses recherches avec Deb Maskens et Dr. Christian Kollmannsberger

MÉTASTASES CÉRÉBRALES

L’apparition de métastases au cerveau constitue un défi important dans le traitement de plusieurs cancers, y compris celui du rein. Compte tenu de la localisation de la lésion, la chirurgie est quelquefois impossible et les thérapies systémiques ne franchissent pas toujours la barrière hémato-encéphalique. Certaines présentations ont abordé de front ce problème, en étudiant la gestion des effets secondaires des thérapies existantes et en identifiant les recherches en cours dans le domaine de la détection et des options de traitement des métastases cérébrales.

  •  Chez certains patients, les effets secondaires de la radiothérapie globale du cerveau peuvent être plus importants que les bénéfices qui y sont associés. La radiothérapie globale peut provoquer plus de pertes de mémoire et de problèmes cognitifs que la chirurgie stéréotaxique utilisée seule et elle n’améliore pas nécessairement la survie. Les patients devraient discuter du bien-fondé d’avoir recours à cette forme de traitement avec leur médecin. Un très bon résumé de cette recherché peut être consulté ici.
  • Des recherches sont en cours sur la gestion des effets secondaires de la radiation globale du cerveau, notamment sur des techniques visant à préserver l’hippocampe et sur des options médicamenteuses destinées à prévenir le déclin cognitif.
  • De nouvelles options de traitement dans le domaine des thérapies ciblées et de l’immuno oncologie sont en cours de recherche.
  • À l’avenir, la recherche devrait mettre l’accent sur la prévention et la détection des métastases cérébrales en développant, par exemple :
    o   des marqueurs prédictifs du moment d’apparition de ces métastases;
    o   des moyens de prévention de ces métastases après un traitement de première intention;
    o   des moyens de détection précoce des métastases cérébrales qui sont plus faciles à traiter à leur début.

QUALITÉ DE VIE ET SURVIVANCE

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Deb Maskens, Dr Scott North, Heather Chappell

C’est avec plaisir que nous avons constaté que plusieurs des présentations avaient trait à la qualité de vie et à la survivance, deux domaines complémentaires à celui des traitements. Dans ce contexte, les sujets traités cette année ont abordé le fardeau financier des traitements, les soins centrés sur le patient ainsi que la survivance (le suivi post-traitement).

L’IMPACT FINANCIER DU CANCER

Le centre d’intérêt d’un groupe de présentations a été les disparités économiques et le fardeau financier que représentent les traitements pour les patients. On a même créé l’expression « toxicité financière » pour décrire le phénomène de l’appauvrissement causé par le coût des traitements qui doit être assumé par les particuliers.

  • Aux États-Unis, le taux de faillite des patients atteints de cancer est plus élevé que celui de la moyenne de la population.
  • On a démontré un lien entre l’état de santé et la détresse financière.
  • Le risque de mortalité des patients qui ont déclaré faillite était de 79 % plus élevé que la moyenne.
  • Une franchise aussi modique que 50 $ par mois peut entraîner une non-adhésion au traitement dans une proportion de 70 %. On comprend que les patients pourraient omettre des doses.

Le rôle des médecins et de l’équipe de soins dans une discussion sur les problèmes financiers des patients a aussi été examiné. Les données présentées venaient des États-Unis, mais on sait que les patients canadiens éprouvent également des difficultés à assumer le coût des traitements, en particulier ceux qui sont administrés à la maison sous forme orale. Vous pouvez en apprendre plus sur la situation au Canada ici.

N’hésitez pas à consulter votre équipe de soins si vous avez des problèmes financiers reliés à vos traitements.

DES ÉQUIPES DE SOIN CENTRÉES SUR LES PATIENTS

La recherche confirme que les soins centrés sur le patient donnent de meilleurs résultats en ce qui a trait à leur état de santé. Parmi les indicateurs de soins de qualité, on trouve un bon suivi médical, des équipes intégrées qui privilégient les échanges d’informations et l’accès des patients à des ressources communautaires appropriées.

LES PLANS DE SURVIVANCE

Une session entière a été consacrée aux plans de survivance. Ces plans sont faits sur mesure pour chaque patient et comprennent des recommandations pour la surveillance et le maintien de leur état de santé. De manière générale, ces recommandations sont faites par le médecin de famille. Plusieurs suggestions ont été faites sur la meilleure façon d’assurer l’implémentation de ces plans, plus particulièrement en adaptant les plateformes informatiques et en élaborant des programmes efficaces et d’utilisation facile, qui tiennent compte de l’horaire chargé des médecins généralistes. Plus tard, on compte aussi intégrer les ressources communautaires dans les plans de survivance.

Le Réseau canadien de recherche en cancer du rein (RCRCR), qui reçoit une partie de son financement de Cancer du rein Canada, en est présentement à élaborer des plans de survivance pour les patients atteints d’un cancer du rein de stade précoce. Sous réserve d’un financement, on prévoit poursuivre ce projet pilote en développant des plans de survivance pour les patients atteints de la forme avancée de la maladie.

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RÉSUMÉ

Le message-clé d’ASCO 2015 est que le domaine du traitement du cancer évolue rapidement. Des expressions comme « modification de la pratique » ou « percée significative » ont été souvent utilisées, mais il convient de demeurer prudent jusqu’à la publication des résultats des études cliniques en cours.

En conclusion, un grand nombre de présentations ont signalé l’apport important des patients et de leurs familles qui, en participant à des études cliniques, ont grandement contribué à l’essor de la recherche. Merci!

Comme toujours, vos commentaires, pensées et réflexions sont les bienvenus!

Pour plus d’information sur l’ensemble de la conférence, cliquez ici.

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